AU-DELÀ DES APPARENCES
Art moderne et contemporain d'Afrique
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Émergence
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Spiritualité
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Entre deux mondes
- Vie
au quotidien
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Intimité
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Intemporalité
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Affirmation
Albert Lubaki

Albert Lubaki s’impose comme l’un des premiers artistes africains dont
l’oeuvre picturale a reçu une reconnaissance internationale.
Principalement consacré pour ses réalisations sur papier, Lubaki s’est
distingué par un langage pictural novateur. Son style distinctif, fruit
d’une synthèse entre les canons esthétiques congolais et une gestuelle
picturale spontanée, pose un jalon fondateur dans l’histoire de l’art
moderne congolais. Explorant une iconographie où se conjuguent abstraction
stylisée et figuration narrative, il confère à ses compositions une portée
à la fois mythologique et ethnographique. Alors que les expressions
plastiques traditionnelles reposaient essentiellement sur la sculpture sur
bois, la fresque murale ou les objets rituels, Lubaki privilégie
l’aquarelle et les pigments naturels appliqués sur papier. Par l’usage de
couleurs fluides et d’une gestuelle spontanée, il développe une esthétique
singulière où la translucidité des pigments et la superposition des
teintes confèrent à ses compositions une dimension à la fois aérienne et
onirique.
Djilatendo

Djilatendo, dont le véritable nom est Tshyela Ntendu, est un peintre
découvert dans les années 1920 par l’administrateur belge George Thiry,
grand amateur d’art contemporain. Issu du peuple Luluwa, il puise dans cet
héritage une partie de son travail artistique. Thiry, qui connaissait
l’influence que les arts primitifs avaient suscitée en Europe, joue un
rôle déterminant dans la reconnaissance d’artistes congolais considérés
aujourd’hui comme les précurseurs de la peinture moderne. Contemporain
d’Albert Lubaki, auquel il est souvent comparé, le style de Djilatendo
traduit en silhouettes de profil, des sujets remplis uniformément d’une
même couleur. Sa prédilection va aux compositions purement géométriques,
qui traduisent probablement l’influence de l’entourage Kuba, cet
art marqué principalement par des formes géométriques. Il aligne de
nombreux registres, formés uniquement de triangles et de losanges, dans
lesquels s’exprime librement sa recherche de rapports des formes et
d’alternance de couleurs, mais toujours avec un très grand sens de
l’équilibre du trait, sans qu’on puisse lui reprocher de céder aux trop
faciles correspondances symétriques.
Antoinette Lubaki

Antoinette Lubaki, épouse d’Albert Lubaki, compte parmi les toutes
premières femmes congolaises à s’affirmer dans le domaine de la peinture
moderne. Demeurant longtemps dans l’ombre de son mari, son œuvre trouve
aujourd’hui sa pleine reconnaissance. Comme lui, elle explore l’aquarelle
et les pigments naturels sur papier, mais développe une approche inédite
où la transposition d’un imaginaire symbolique s’entrelace avec une
liberté formelle. Par l’intégration de motifs stylisés, une palette
chromatique vibrante et une gestuelle fluide, Antoinette Lubaki participe
ainsi à la mutation du langage visuel congolais et à l’affirmation d’une
modernité picturale en rupture avec les conventions artistiques.
Contrairement à la peinture occidentale académique, où l’aquarelle est
souvent utilisée pour des esquisses ou des lavis délicats, Antoinette
Lubaki l’emploie avec une densité expressive, créant des effets de
dégradés et de superpositions pour structurer l’espace pictural. Bien que
moins documentée que celle d’Albert Lubaki, l’oeuvre d’Antoinette Lubaki
s’inscrit avec force dans l’histoire des prémices de l’art moderne en
Afrique centrale, ouvrant la voie à une revalorisation de la place des
femmes dans les avant-gardes artistiques congolaises du xxe siècle.
Pilipili Mulongoy

Pilipili Mulongoy se forme de manière autodidacte avant d’intégrer
l’École des Beaux-arts de Kinshasa. Il compte parmi les artistes majeurs
issus de l’Atelier du Hangar fondé dans les années 1940 par Pierre
Romain-Desfossés, ayant permis à de nombreux artistes congolais de
développer leur talent. Son art se caractérise par l’utilisation éclatante
de la couleur et un trait fin et précis qui évoque un univers harmonieux
et détaillé. Il privilégie la gouache et la peinture sur toile, mais il
réalise également des oeuvres sur papier. Fils de pêcheur, il dépeint une
nature foisonnante : ses tableaux sont peuplés d’animaux, notamment des
oiseaux, des poissons et des antilopes, évoluant dans des décors
luxuriants où la végétation semble prendre vie. Il transforme ainsi la
nature en une fresque féerique et intemporelle.
Bela Sara

Bela Sara est un artiste peintre formé en partie à l’atelier renommé du
Hangar, dont l’oeuvre puise dans les traditions spirituelles et
culturelles africaines, tout en intégrant une dimension contemporaine.
Figure marquante de l’art congolais, il est particulièrement célébré pour
son tableau Mamy Wata, figure spirituelle et mythologique très présente
dans les cultures africaines, afro-caribéennes et de la diaspora
africaine. Souvent associée à l’eau, à la séduction et au pouvoir
mystique, elle illustre avec une grande puissance poétique et symbolique
les liens entre le monde spirituel et la vie quotidienne. Porté par une
approche autodidacte plutôt qu’académique, le talent exceptionnel de Bela
et son sens inné de la composition l’ont rapidement distingué. Influencées
par la tradition picturale congolaise, mais également par les mouvements
artistiques modernes introduits dans la région pendant la période
postcoloniale, ses oeuvres, souvent exécutées avec des couleurs vibrantes
et des motifs dynamiques, évoquent des scènes oniriques où le sacré et le
profane se rencontrent. À travers des symboles forts –l’eau, les serpents
et les figures féminines majestueuses – il explore des thèmes tels que la
fertilité, la prospérité, et les relations entre l’homme et la nature.
Au-delà de son apport artistique, Bela a contribué à faire connaître et
reconnaître les mythologies africaines comme des éléments fondamentaux de
l’art contemporain.
Sylvestre Kaballa

Sylvestre Kaballa est un artiste pluridisciplinaire congolais, formé à
l’École des Beaux-arts de Kinshasa. Travaillant avec une variété de
médiums – peinture, sculpture, installation et art textile – Kaballa
privilégie souvent les matériaux recyclés, témoignant d’une volonté de
transformer le rejeté en une source d’espoir et de réflexion. Profondément
poétique, sa peinture invite à une réflexion sur l’avenir : comment
sublimer les blessures d’un passé colonial tout en affirmant une autonomie
culturelle et artistique ? Kaballa offre un regard audacieux, à la fois
critique et porteur d’espoir, et transforme l’espace artistique en un lieu
de dialogue et de réinvention. Ses créations ne sont pas seulement des
oeuvres ; elles appellent à repenser les équilibres du monde.
Kayembe

Pierre Romain-Desfossés, marinier et peintre français parti s’installer
à Lubumbashi, en République démocratique du Congo, fonde en 1946 l’Atelier
du Hangar. Il réunit de nombreux artistes auxquels il donne toute liberté
en leur enjoignant « de laisser s’épanouir leur génie inventif pour
exprimer leur perception de la réalité ». Une dizaine d’artistes, dont
Kayembe, se font ainsi un nom. Ils se saisissent de leur environnement, de
leurs traditions, et de tout ce qui forme leur quotidien, ainsi que de la
nature à laquelle ils sont unis. Les tableaux sont saturés de couleurs et
de signes, le vide n’existe pas. André Magnin décrit les tableaux des
artistes de l’Atelier du Hangar en ces termes : « ils transcendent la
réalité par un geste poétique intense. La nature et la faune qu’ils
représentent sont moins celles qu’ils voient que celles qu’ils éprouvent.
Elles sont un pont entre le tangible et l’intangible ».
Seydou Keïta

Seydou Keïta ouvre son atelier de photographe en 1948 et se spécialise
dans l’art du portrait qu’il réalise sur commande, en noir et blanc et à
la lumière naturelle. Très vite, son talent éclate : la valorisation de
ses sujets, la maîtrise du cadrage et de la lumière, la modernité et
l’inventivité de ses mises en scène, lui assurent un immense succès. Keïta
explique : « Le Tout Bamako venait se faire photographier chez moi : des
fonctionnaires, des commerçants, des politiciens ». Keïta utilise des
fonds à motifs décoratifs qu’il renouvelle tous les deux ou trois ans,
apportant à ses portraits une esthétique reconnaissable. Ses clichés
forment un témoignage exceptionnel de la société malienne entre la fin des
années 1940 à 1963. Considéré aujourd’hui comme le « père » de la
photographie africaine, Keïta est un précurseur qui a intuitivement
réinventé l’art du portrait à travers la recherche d’une précision
extrême. Une grâce, une élégance naturelle transparaissent dans toutes ses
images.
Malick Sidibé

Malick Sidibé débute son parcours artistique à l’Institut National des
Arts de Bamako, où il perfectionne ses talents de dessinateur avant de
découvrir la photographie. Dès la fin des années 1950, Sidibé ouvre son
propre studio, le Studio Malick. Très vite, il développe un style unique
en immortalisant la jeunesse malienne en pleine mutation, fascinée par la
musique occidentale et les nouvelles tendances vestimentaires.
Principalement connu pour son travail de photographie en noir et blanc, il
documente les scènes de la vie quotidienne à Bamako : fêtes, bals,
concerts ou événements sociaux. Mais le travail de Sidibé va bien au-delà
de la simple photographie de studio, il capture une période charnière du
Mali, entre la fin de la colonisation et les premières décennies
d’indépendance. Ses images célèbrent une jeunesse en quête de liberté et
de modernité, tout en conservant un lien fort avec la tradition malienne.
Ses photos témoignent également de la fierté, de la joie et de
l’émancipation culturelle de l’Afrique postcoloniale. Son approche
humaniste met en lumière l’identité africaine sous un jour positif, loin
des clichés misérabilistes souvent associés au Continent. Sidibé est le
premier africain à recevoir en 2003, le prix international de la Fondation
Hasselblad (Allemagne), qui encourage la recherche et l’enseignement
académique dans les sciences naturelles et la photographie. En 2007, il
est également le premier Africain à se voir décerner le prestigieux Lion
d’Or à la Biennale de Venise, pour l’ensemble de son oeuvre.
Malangatana Valente Ngwenya

Malangatana Valente Ngwenya est un artiste autodidacte dont l’œuvre
reflète une rencontre unique entre les traditions ancestrales du
Mozambique et les courants artistiques modernes, tout en livrant une
réflexion poignante sur les réalités sociales et politiques de son pays.
L’artiste a forgé son identité créative à travers des expériences
multiples, marquées par ses racines rurales et les années passées à
observer les transformations culturelles et sociales profondes de la vie
urbaine. Au-delà de ces influences personnelles, son engagement dans des
collectifs artistiques est déterminant, lui permettant d’acquérir une
maîtrise des techniques contemporaines, tout en nourrissant son art de ses
luttes intérieures et des enjeux collectifs de son époque. Au cours de sa
carrière, Malangatana explore une gamme variée de médiums, allant de la
peinture à la sculpture, en passant par la gravure et la céramique, mais
c’est par la peinture qu’il acquiert une renommée internationale. Ses
oeuvres puisent dans un répertoire visuel riche en symboles, où se
côtoient figures humaines et animales, scènes quotidiennes et éléments
mythologiques. Les thématiques de la violence, de la répression, de
l’identité et de la condition humaine sont omniprésentes dans ses oeuvres,
imprégnées des effets de la guerre coloniale et de l’indépendance du
Mozambique. Dans la lignée de nombreux artistes africains engagés dans la
quête de dignité et de liberté, ses oeuvres dénoncent des injustices, tout
en incarnant une forme de résistance par l’art. Il est le cofondateur du
Musée national d’art du Mozambique et membre actif de l’Art Nucleus
(association regroupant les artistes plasticiens). En 1997, il est nommé
Artiste pour la paix par l’UNESCO. En 2020, il est honoré par la France
qui lui attribue le titre de Commandeur des Arts et des Lettres.
Marcel Gotène

Marcel Gotène intègre l’École de peinture de Poto-Poto, fondée par
Pierre Lods, espace d’expression libre qui devient le creuset de son style
singulier. Grâce à une bourse, il poursuit sa formation en France : entre
1969 et 1971, il étudie la sérigraphie au Collège Technique d’Arts
Graphiques de Paris, avant de se spécialiser en tapisserie à l’École
Nationale des Arts Décoratifs d’Aubusson, en 1973. Gotène explore une
grande variété de médiums : peinture sur toile, tapisserie, sérigraphie,
gouache, dessin. Son style, à la frontière du figuratif et de l’abstrait,
se distingue par la représentation d’êtres fantastiques, presque
mystiques, aux contours nets et aux couleurs vives (bleu, rouge, violet,
gris, orange), évoquant parfois des vitraux. À travers ses oeuvres, il
cherche à transmettre des messages spirituels, politiques et symboliques.
Pour lui, peindre c’est « transmettre avec le coeur », et évoquer des
réalités invisibles que les mots ne peuvent exprimer. Dès 1953, Gotène
expose à la Foire de Brazzaville. L’année suivante, il est invité à Paris
au Cercle de la France d’Outre-Mer. Il participe ensuite à plusieurs
événements internationaux majeurs : la Foire internationale de Bruxelles
(1958), le Festival des Arts Nègres à Dakar (1965), la Biennale de Cachan
(1969) ou encore des salons à la Maison de l’Iran, au Palais d’Orsay et à
la Maison de Cuba à Paris (1971–1972). À cette occasion, il reçoit la
médaille Léonard de Vinci. En 1973, il remporte le Grand Prix
France-Afrique, décerné au Grand Palais de Paris. De retour au Congo, il
se voit attribuer, en 1979, le Premier Prix de la présidence de la
République. Il continue d’exposer à l’international, notamment à l’UNESCO,
à Paris, à Lomé, à Brazzaville ou encore à Cuba et en Chine, où il est
également primé en 1987.
Frédéric Bruly Bouabré

Frédéric Bruly Bouabré est une figure incontournable de l’art
contemporain africain. Cherchant le moyen de transmettre le savoir de son
peuple Bété, il invente un alphabet unique, dit « alphabet bété », un
système de symboles graphiques, inventaire de sons qui permettrait de
retranscrire toutes les langues du monde. Cette invention lui vaut la
réputation légendaire de nouveau « Champollion » et traduit sa pensée
universelle qui aspire à réunir et pacifier l’humanité. Ses dessins,
réalisés au crayon de couleur, vont au-delà du simple trait. Ils
instaurent un dialogue entre le texte et l’image, intégrant des références
spirituelles et philosophiques, dans une volonté de transcender les
frontières culturelles. Par cette fusion de l’écriture et du dessin,
Bouabré nous invite à une compréhension plus profonde de l’existence, tout
en célébrant l’intemporalité des symboles et leur pouvoir de transmission
au-delà des époques.
Soly Cissé

Soly Cissé rejoint l’École nationale des Beaux-arts de Dakar en 1996,
une institution avec laquelle il garde des liens forts, bien qu’habitant
désormais près de Paris. Son parcours académique, enrichi par une
exploration personnelle des matériaux et des formes, lui a permis de
forger un langage visuel puissant, profondément ancré dans les réalités de
l’Afrique postcoloniale. Artiste polymorphe, il navigue librement entre
peinture, sculpture et installation, utilisant ces médiums pour révéler ce
que le concret s’efforce de dissimuler. Ses compositions, souvent de grand
format, se distinguent par une palette vibrante où se mêlent couleurs
éclatantes et nuances terreuses, créant une tension saisissante entre
abstraction et figuration. Cette approche traduit son lien intime avec la
terre et les récits historiques africains. L’artiste interroge la
construction et la déconstruction de l’identité, ainsi que le poids de
l’histoire coloniale et l’aspiration à une nouvelle identité, affranchie
des diktats extérieurs.
Souleymane Keïta

Souleymane Keïta grandit dans un Sénégal en pleine effervescence
culturelle au lendemain de l’indépendance. Très tôt, il s’oriente vers les
arts plastiques et intègre l’École nationale des arts de Dakar. Au-delà de
l’enseignement classique, c’est la pensée de Léopold Sédar Senghor qui
marque durablement son parcours, en appelant à l’émergence d’une
esthétique africaine renouvelée, ancrée dans la philosophie de la
Négritude. Keïta se distingue rapidement par son refus de la figuration
narrative et de l’imagerie ethnographique, souvent attendues des artistes
africains sur la scène internationale. Il choisit l’abstraction comme
langage de prédilection, nourrie de son héritage culturel, loin des canons
occidentaux. Il privilégie une approche expérimentale, où les pigments
naturels côtoient les matières brutes : sable, tissus, ficelles, perles,
éléments organiques ou objets trouvés. Loin d’une abstraction purement
formelle, son travail est habité par une dimension mystique. Il puise dans
les symboles traditionnels africains, qu’il réinterprète dans un langage
contemporain : motifs évoquant des scarifications rituelles, allusions aux
tissus bogolan, références aux écritures anciennes et aux signes
cosmogoniques. Cette fusion entre abstraction et spiritualité confère à
ses oeuvres une aura presque sacrée, comme si elles portaient en elles une
mémoire enfouie, un souffle ancestral réactualisé.
Sokey Edorh

Sokey Edorh est un artiste togolais dont les peintures mixtes
s’inspirent des idéogrammes créés par le peuple Dogon au Mali. Il complète
sa formation artistique en 1989 à l’École des Beaux-arts de Bordeaux, où
il développe une solide maîtrise des techniques picturales. Cette
formation académique lui permet d’explorer diverses approches artistiques
et d’affiner son propre langage visuel. Toutefois, c’est en puisant dans
les traditions et les réalités socioculturelles africaines qu’il se forge
une identité artistique unique. Edorh explique que ses toiles ne sont
qu’une réécriture du monde qui l’entoure. Son oeuvre se distingue par
l’utilisation de matériaux naturels et recyclés, tels que le sable, la
terre, les pigments végétaux et les fibres textiles. Il vit entre Lomé et
Agou, un cadre naturel et culturel qui imprègne profondément son oeuvre,
notamment par l’utilisation de la latérite locale, une terre rouge
d’Afrique, qu’il intègre dans ses créations pour évoquer la mémoire
collective et les traditions africaines. Son travail invite à une
réflexion sur les traces du passé et leur impact sur le présent, tout en
exhortant à une prise de conscience écologique.
Marcel Kpoho

Marcel Kpoho est un artiste pluridisciplinaire, performeur, peintre,
sculpteur. Autodidacte, il développe sa pratique artistique autour d’un
médium singulier et innovant : il peint et fabrique des masques et des
sculptures avec des pneus usagés. Selon lui « ses sculptures et masques,
façonnés à partir de ces matériaux, interrogent la condition humaine,
explorant à la fois ses aspects sombres et lumineux. » Les visages et
masques présents dans ses créations symbolisent les différentes facettes
de l’être humain, évoquant les thèmes de la protection, de la
dissimulation et de la survie. Pour lui, « les masques révèlent autant
qu’ils cachent. Ils nous racontent aussi la longue et douloureuse histoire
du caoutchouc en Afrique. » Kpoho puise dans l’univers du Vaudou,
tradition ancienne qui relie l’Homme à ses ancêtres depuis des siècles, à
travers les continents. Comme le Vaudou, ses oeuvres recourent à des
symboles et à des motifs liés aux rituels. Le Vaudou, qui se transmet
oralement, s’exprime aussi souvent par des objets et des représentations
visuelles, telles que les réceptacles sacrés ou les masques.
Gonçalo Mabunda

Gonçalo Mabunda est né en 1975 à Maputo, au Mozambique, où il vit et
travaille. Son parcours artistique, qu’il développe de manière quasi
autonome, prend forme lorsqu’il s’engage dans un programme de récupération
des armes à feu issues de la guerre civile mozambicaine (1977-1992). À
travers un langage sculptural singulier, il transforme ces vestiges du
conflit mozambicain en actes de résilience, offrant une puissante
réinterprétation du passé colonial et des dynamiques de pouvoir en
Afrique. Son approche établit un pont entre la matérialité brutale de la
guerre et une narration sculpturale sublimée par l’art. L’oeuvre de
Mabunda s’organise autour de plusieurs axes majeurs. Les trônes, symboles
du pouvoir et de l’autorité, évoquent à la fois les systèmes de domination
politique et les vestiges des conflits passés. Les masques, quant à eux,
réinterprètent les codes de l’art africain tout en intégrant une dimension
contemporaine liée à la mémoire de la guerre. Enfin, les figures
anthropomorphes, où le corps se fond dans l’arme, incarnent une
transformation à la fois physique et symbolique, illustrant la manière
dont la violence façonne les identités et les sociétés.
Seyni Awa Camara

Seyni Awa Camara est une sculptrice autodidacte, rattachée à l’École de
Dakar, qui crée des personnages en terre cuite. Dès son plus jeune âge,
elle apprend les techniques traditionnelles de la poterie auprès de sa
mère. Très vite, sa pratique s’émancipe de la fonction utilitaire des
objets pour devenir une quête artistique centrée sur la matière et la
forme. Longtemps cantonnée à un circuit local, sa production s’exporte
aujourd’hui à l’échelle mondiale, bien qu’elle demeure installée dans sa
région d’origine. Situées à la lisière de l’artisanat et de l’art naïf,
ses oeuvres relèvent d’un imaginaire singulier que l’artiste ne cherche ni
à théoriser ni à expliciter. Ses sculptures – souvent constituées d’un
tronc commun d’où surgissent des corps multiples d’enfants ou d’animaux,
parfois bicéphales – se caractérisent par des formes étranges et
énigmatiques. Elles évoquent à la fois des scènes de maternité, un rapport
organique à la nature casamançaise, et un bestiaire foisonnant, sans
jamais s’inscrire dans une narration figée. En 1989, Camara fait partie
des artistes introduits sur la scène de l’art contemporain africain par
l’exposition Magiciens de la terre. En 2001, une oeuvre de l’artiste est
présentée à la Biennale de Venise. En 2020, la Galerie Baronian
(Bruxelles), présente Maternités, suivie de Shaping Spirits en 2024. La
même année, la Galerie Almine Rech (Paris) lui consacre une exposition
intitulée Sculpting Earth, Painting Sensations qui instaure un dialogue
singulier entre l’artiste et le peintre américain John McAllister. Les
œuvres des deux artistes semblent puiser à une même source originelle : la
Terre.
El Hadji Sy

El Hadji Sy suit une formation artistique à l’École nationale des
Beaux-arts de Dakar, dont il s’affranchit rapidement pour développer un
langage visuel unique, nourri par une approche expérimentale et un fort
engagement politique et social. Il diversifie également ses activités :
scénographie, critique d’art et commissariat d’expositions, faisant de lui
une figure clé de la scène artistique sénégalaise et africaine. El Hadji
Sy vit et travaille principalement à Dakar. Son engagement en faveur de
l’art africain l’amène à jouer un rôle central dans la structuration du
paysage artistique sénégalais, et en 1973 il cofonde à Dakar le
Laboratoire Agit’Art, un collectif artistique en rupture avec l’esthétique
dominante de l’époque. Il est également à l’origine du Village des arts de
Dakar, une résidence d’artistes qui favorise les échanges et la créativité
locale. Les oeuvres d’El Hadji Sy se caractérisent par des couleurs vives,
des formes abstraites et des compositions dynamiques, souvent inspirées de
l’art rupestre et des symboles africains. Il s’illustre notamment par son
utilisation innovante des supports. Il peint non seulement sur la toile,
mais explore aussi des matériaux inhabituels comme la toile de jute, le
papier kraft jusqu’à travailler directement sur le sol, lors de
performances. Cette approche traduit sa volonté de désacraliser la
peinture et d’explorer son rapport à l’espace. Il aborde des thèmes tels
que l’identité africaine et la réappropriation culturelle, les inégalités
sociales et politiques ainsi que les relations entre l’Afrique et
l’Occident. Figurant parmi les contestataires du discours sur la Négritude
promu par Léopold Sedar Senghor (Sénégal) et Aimé Césaire (Martinique), El
Hadji Sy revendique une indépendance artistique totale et rejette toute
forme de catégorisation ou d’assignation culturelle.
George Lilanga

Dès 1961, George Lilanga s’initie à la sculpture makondé à Dar es
Salaam. En 1973, il fonde la Nyumba ya Sanaa (Maison des arts) et
développe simultanément son travail de sculpture et de peinture. Inspiré
par la culture makondé, ses oeuvres sont empreintes d’une pensée magique
où ancêtres, génies et forces naturelles occupent une place importante.
Elles mettent en scène des histoires ancestrales, mythologiques ou
légendaires, incarnées par la population villageoise ou urbaine. Toute
l’oeuvre de Lilanga, si elle reste inspirée de cette culture, témoigne
cependant d’une profonde révolution qui inaugure la naissance de
l’individualisation et du talent personnel en Afrique. Ses oeuvres
polychromes dans lesquelles il fait preuve d’une créativité débordante et
d’une imagination sans limites, révèlent un sens esthétique affirmé et
traduisent une acuité pour la critique sociale et un goût prononcé pour la
caricature.
Géraldine Mutumande Tobe

Géraldine Mutumande Tobe poursuit des études à l’Académie des Beauxarts
de Kinshasa, où en 2012 elle est la seule femme de sa promotion à obtenir
un baccalauréat en peinture. Durant cette période, elle rejoint également
le collectif congolais Bokutani Artistes Réunis, renforçant ainsi son
engagement dans la scène artistique kinoise. Son parcours est profondément
marqué par une expérience traumatique vécue dans l’enfance. Tobe et son
frère subissent des séances d’exorcisme au cours desquelles ils sont
enfermés plusieurs jours durant, privés de nourriture et d’eau, dans un
cercle de bougies et exposés à une fumée dense d’encens. Cet épisode
douloureux deviendra plus tard le coeur de sa démarche artistique
singulière. Initialement, Tobe peint de manière traditionnelle. Cependant,
en 2004, insatisfaite de son travail, elle décide d’explorer une nouvelle
technique en utilisant la fumée d’une lampe à huile comme principal
médium. Cette méthode unique consiste à suspendre une toile à plat, à y
apposer des pochoirs, puis à diriger la fumée pour créer des motifs. Elle
sculpte ensuite les traces de suie pour révéler des silhouettes déformées
et expressives. En 2018, Tobe participe à une résidence artistique à
Leipzig, en Allemagne. Ce projet aboutit à la création de la Restitution
Box, une oeuvre collective interrogeant la présence d’artefacts congolais
dans les musées occidentaux. En 2019, elle effectue une résidence à
l’Africa Museum de Tervuren (Belgique). Elle y découvre des masques et
objets ethnographiques sacrés, conservés dans les réserves du musée,
souvent réduits à leur seule valeur artistique. Cette expérience inspire
son projet Esprit des Ancêtres, qui questionne la restitution des oeuvres
à leur pays d’origine et vise à leur redonner un sens en les reconnectant
à leur culture et traditions d’origine. En collaboration avec Michel Ekeba
(République démocratique du Congo) et Jean-David Nkot (Cameroun), Tobe
participe au projet Memory of Today, Memory of the Future. Cette
initiative aboutit à la création d’une oeuvre collective reproduite sur le
lanceur spatial Ariane 5, symbolisant une réflexion sur les changements
climatiques et l’avenir du continent africain.
Leilah Babirye

Leilah Babirye a étudié l’art à l’université Makerere de Kampala de 2007
à 2010. Se définissant comme une femme lesbienne, elle a subi
discriminations et humiliation publique, dans un pays où l’homosexualité
reste illégale. Ce rejet profond la pousse à postuler pour intégrer des
résidences d’artistes à l’étranger. En 2015, elle est acceptée à la
résidence de Fire Island, dans l’État de New York avant d’y obtenir
l’asile en 2018. Depuis, elle vit et travaille à Brooklyn, New York. Dans
ses oeuvres, Babirye aborde les thématiques liées à l’histoire de
l’Ouganda et aux héritages de la colonisation britannique, ainsi qu’à
l’histoire des clans du royaume du Buganda, dont elle est issue. Elle
réalise des oeuvres en céramique de grand format, des sculptures en bois,
des masques africains, ainsi que des dessins et des peintures sur papier.
Chacune d’elles explore le potentiel des objets trouvés – ou considérés
comme des déchets – pour interroger le terme ebisiyaga, une insulte qui
désigne les personnes homosexuelles en Ouganda, et signifie également «
ordures ». Elle intitule ses oeuvres à partir des noms attribués par
chaque clan à la naissance, dans un geste de réappropriation de son
identité ougandaise en lien avec son identité queer.
Ibrahim El-Salahi

Ibrahim El-Salahi s’initie très tôt au dessin, souvent inspiré par les
motifs arabes et les manuscrits anciens. Formé à la School of Design de
Khartoum, puis à la Slade School of Fine Art de Londres, il découvre les
avant-gardes européennes tout en restant fidèle à ses racines culturelles.
De retour au Soudan en 1957, El-Salahi devient une figure majeure du
mouvement de l’École de Khartoum, qui conjugue modernisme occidental et
esthétique islamique. Il s’inscrit également dans le mouvement hurufiyya
qui tend à combiner des formes d’art traditionnelles, notamment la
calligraphie, comme langages plastiques à part entière. À l’encre, au café
ou à la plume, il transforme de simples feuilles en objets sacrés mêlant
motifs africains, pensée soufie et abstraction issue de l’art moderne
occidental, composant un univers singulier, spirituel et méditatif. Par
cette esthétique métissée, El-Salahi exprime un message culturel puissant
: concilier héritage islamique, identité africaine et formes
contemporaines, dans une démarche qui relie la tradition au présent et qui
cherche une forme de transcendance universelle. En exil à Doha puis à
Oxford, il poursuit son oeuvre entre peinture et écriture, témoin lucide
d’un siècle de ruptures.
Hilary Balu

Hilary Balu est formé à l’Académie des Beaux-arts de Kinshasa, où il vit
et travaille. Très tôt il s’émancipe des codes occidentaux et des
techniques artistiques conventionnelles pour forger une esthétique
personnelle, revendication de son identité africaine. Il rend compte de la
mutation brutale de l’identité culturelle, politique, économique et
spirituelle qu’a connue la République démocratique du Congo à travers une
symbolique de l’objet. Il le détourne de sa fonction décorative, pour lui
attribuer un rôle de témoin de l’histoire tourmentée de son pays, ses
conflits, tout autant que son passé colonial. Les objets deviennent dès
lors des métaphores du combat quotidien, une manière de questionner et
déconstruire les réalités sociales, et de critiquer les structures du
pouvoir.
Catheris Mondombo

Catheris Mondombo est formé à l’Université de Kinshasa, où il se
spécialise dans les arts plastiques. Dès ses premières oeuvres, il se
distingue par sa recherche d’une identité visuelle personnelle, nourrie de
son héritage culturel africain et ancrée dans les problématiques
contemporaines. Peignant d’abord sur toile, Mondombo se tourne ensuite
vers des bâches usées, récupérées sur les marchés et auprès des marchands
ambulants de Kinshasa. Ce choix de matériau évoquant à la fois la réalité
sociale et économique des habitants de Kinshasa et, plus largement, la
précarité de l’existence humaine, confère une forte dimension symbolique à
son travail. En investissant ces surfaces abîmées, il souhaite provoquer
une prise de conscience et encourager un dialogue autour de la diversité
culturelle et des enjeux de l’Afrique d’aujourd’hui.
Roméo Mivekannin

Le parcours de Roméo Mivekannin débute par une formation en ébénisterie,
avant d’élargir son champ d’expertise vers l’histoire de l’art. Il intègre
ensuite l’École nationale supérieure d’architecture de Toulouse, où il vit
encore aujourd’hui. Ses créations se distinguent par l’usage de matériaux
porteurs de mémoire. Tissus anciens, draps usagés, étoffes imprimées de
motifs traditionnels africains (batiks ou toiles de jute), qu’il imprègne
ensuite de préparations spécifiques à base d’épices et d’autres
substances, conférant à l’oeuvre une matérialité et une patine
singulières. Sur ces surfaces, il applique des peintures acryliques qui
réinterprètent des oeuvres iconiques de la peinture occidentale, telles
qu’Olympia d’Édouard Manet, ou encore des clichés d’archives immortalisant
les élites coloniales du xixe siècle. À travers cette démarche, il
interroge la place du corps noir dans l’imaginaire collectif et son
traitement dans l’histoire de l’art. L’approche artistique de Mivekannin
repose sur une réflexion approfondie autour des représentations issues du
passé colonial et de la traite négrière. Son travail s’apparente à une
forme de résistance qui conjugue une dimension émotionnelle à une analyse
critique des récits dominants. En insérant sa propre image dans ses
compositions, il détourne et déconstruit les codes visuels établis,
mettant en lumière le regard eurocentré qui a façonné l’iconographie
occidentale et sa perception des figures noires.
Alioune Diagne

Créateur du mouvement « figuro-abstro », Alioune Diagne est formé à
l’École des Beaux-arts de Dakar. Il initie ce mouvement artistique qui
fusionne la figuration et l’abstraction afin d’exprimer des émotions
profondes et des récits culturels. Installé entre le Sénégal et la France,
Diagne puise son inspiration dans la philosophie et dans la calligraphie.
Ses oeuvres intègrent des éléments figuratifs, tels que des silhouettes
humaines ou des motifs inspirés de la culture sénégalaise, avec des formes
abstraites et des couleurs vibrantes. Cette approche lui permet d’explorer
des thèmes profonds tels que l’identité, la mémoire et l’émotion.
JP Mika

Formé à l’Académie des Beaux-arts de Kinshasa, JP Mika vit entre
Kinshasa et Paris. Son parcours mêle apprentissage académique, approche
plus autodidacte et apprentissage auprès de Chéri Chérin, expérimentant
divers médiums et techniques. Auprès de son maître, il perfectionne sa
technique puis rejoint l’APPO, l’Association des peintres populaires,
avant de fonder en 2004, son propre atelier : EBA (Événement des
Beaux-arts). Mika s’émancipe progressivement et délaisse la narration pour
évoluer vers la simplification de ses compositions. Optant pour des fonds
très colorés, parsemés de motifs fleuris qui évoquent les papiers peints
d’antan, il explique : « Dans ma peinture, il n’y a pas de faits divers,
pas de message politique, pas de critique. Il y a trop de difficultés et
de misère dans la vie. C’est pour ça que je veux que l’on ressente
toujours l’espoir dans mes tableaux ». Animé par sa foi en Dieu, l’artiste
célèbre la joie d’exister à travers les thèmes de l’amour et du rire. Le
bonheur d’être et de vivre se retrouve aussi bien dans les couleurs que
dans la figure du sapeur, incarnation mystique d’un Kinshasa animé.
Pierre Bodo

Pierre Bodo est une figure emblématique de l’art congolais et un
pionnier de l’École de peinture populaire du Zaïre connue sous le nom de «
peinture populaire kinoise », courant artistique ayant émergé à Kinshasa
dans les années 1970. Il commence par travailler dans la peinture
publicitaire avant d’ouvrir son propre atelier. Autodidacte, il puise
d’abord son inspiration dans des thèmes religieux, influencé par sa foi
chrétienne et les traditions spirituelles locales. Avec le temps, son art
évolue pour incorporer des personnages anthropomorphes, éléments
satiriques et fantastiques, tels que les femmes-arbres ou les sapeurs à
tête d’oiseau, reflétant les préoccupations et contradictions de la
société congolaise. Par son style pictural, Bodo entend contribuer à
l’amélioration de la vie quotidienne et partager ses rêves d’un monde
meilleur.
Ayanfe Olarinde

Ayanfe Olarinde est une artiste visuelle nigériane autodidacte.
Installée à Lagos, où elle vit et exerce son métier, elle s’exprime à
travers une pratique pluridisciplinaire mêlant dessin, photographie et
collage pour donner naissance à des compositions riches en détails et en
textures. Son travail explore des thématiques intimes et sociétales comme
la perception de soi, la construction identitaire, la mémoire collective,
la santé mentale et les réalités sociales contemporaines. En superposant
lignes et formes, Olarinde interroge les émotions humaines et les nuances
de l’existence, tout en mettant en lumière des récits souvent passés sous
silence. Son utilisation assumée de lignes imparfaites illustre l’idée que
la beauté réside dans l’irrégularité, écho à son propre cheminement.
Abe Odedina

Abe Odedina, artiste d’origine nigériane, exerce tout d’abord en tant
qu’architecte, une expérience qui marque profondément son travail
artistique, influençant sa manière de structurer l’espace, d’agencer les
couleurs et de construire des compositions équilibrées. Installé entre
Londres et Salvador de Bahia, il enrichit son art grâce à ces deux univers
contrastés. La capitale britannique, avec son effervescence artistique et
sa scène contemporaine, nourrit sa réflexion et lui permet de dialoguer
avec des courants variés. À Salvador, ville au patrimoine afro-brésilien
riche et vibrant, il plonge dans une culture profondément marquée par la
spiritualité, la musique et les traditions orales. Ses peintures
figuratives aux couleurs éclatantes s’inspirent des arts populaires et des
récits mythologiques. Elles mettent en scène des figures stylisées aux
postures frontales et hiératiques, ancrées dans une esthétique à la fois
minimaliste et expressive. Les croyances yorubas et les symboles sacrés
imprègnent ses compositions, conférant à son travail une dimension
mystique et intemporelle.
Yinka Shonibare

Yinka Shonibare, artiste britannique d’origine nigériane, étudie les
Beauxarts à Londres, d’abord à la Byam Shaw School of Art (1989) puis à la
Goldsmiths University (1991), où il s’inscrit dans le sillage des Young
British Artists des années 1990. Sa pratique interdisciplinaire utilise
des références à l’histoire de l’art et à la littérature occidentales pour
remettre en question la validité des identités culturelles et nationales
contemporaines dans le contexte de la mondialisation. En examinant la
race, la classe et la construction de l’appartenance culturelle, ses
oeuvres commentent l’interrelation complexe entre l’Afrique et l’Europe.
Shonibare se distingue par l’utilisation du tissu africain, notamment le
wax, un textile aux motifs colorés historiquement associé à l’Afrique,
mais dont les origines sont en réalité indonésiennes et européennes.
Thebe Phetogo

Thebe Phetogo est un artiste plasticien contemporain dont le travail
s’ancre dans la peinture tout en s’étendant aussi à la sculpture et à
l’installation. Après une licence en Media Studies à l’Université du
Botswana, il poursuit une formation artistique à l’Université du Cap, où
il obtient un Master en arts plastiques (MFA) en 2019. Sa pratique,
principalement centrée sur la peinture, s’enrichit par l’usage de
matériaux variés : huile, acrylique, cirage pour chaussures, colle. À
cette approche visuelle singulière, il intègre des fonds verts (« green
screen »), empruntés à l’univers cinématographique, pour évoquer des
thèmes d’identité, d’invisibilité et de projection. À travers le prisme de
la positionalité, il explore la visibilité du corps noir, les récits
occultés et la mémoire historique, en particulier dans un contexte
postcolonial et africain.
Aboudia

Aboudia, de son vrai nom Abdoulaye Diarrassouba, s’est formé au Centre
des Arts appliqués de Bingerville, où il obtient en 2003 son diplôme avec
spécialisation en art mural. Il est reconnu pour son style unique qui
puise son inspiration dans l’abstraction brute et l’expressionnisme
urbain. Partageant son temps entre Abidjan et Brooklyn, Aboudia définit
son approche comme nouchi, hybridation entre culture graffiti d’Abidjan et
sculptures traditionnelles en bois d’Afrique de l’Ouest. Influencé par la
vie quotidienne, Aboudia dépeint les difficultés de la jeunesse et la
violence politique dans son pays, au lendemain de la guerre civile de
2010, sans pour autant se définir comme un « peintre de guerre ». Son
choix d’utiliser des couleurs éclatantes, des personnages stylisés, des
matériaux récupérés et des collages pour raconter l’histoire sociale et
politique de son pays, lui permet de créer des compositions vibrantes et
intenses, symbolisant la résilience face aux conflits.
Chéri Chérin

En 1978, Chéri Chérin est diplômé de l’Académie des Beaux-arts de
Kinshasa. Il choisit par la suite de suivre le style de l’École de
peinture populaire du Zaïre. Vivant entre Kinshasa et Paris, Chérin
confronte ses peintures à l’histoire, la politique et la culture
congolaise. Il crée également des installations immersives, sculpturales
et visuelles qui offrent une expérience sensorielle, notamment en jouant
sur les matériaux récupérés, les objets du quotidien et les éléments
naturels. Souvent allégorique, son travail puise dans les références de la
culture populaire congolaise et des symboles postcoloniaux pour
questionner la place de l’individu dans un monde déshumanisé. Ses
peintures, souvent surchargées de symboles, dressent le portrait d’une
société traversée par la souffrance sociale, mais aussi par des dynamiques
de résistance et de résilience.
Barthélémy Toguo

Barthélémy Toguo entame ses études artistiques à l’École des Beaux-arts
d’Abidjan, avant de poursuivre sa formation à l’École Supérieure d’Art de
Grenoble (France), puis à la Kunstakademie de Düsseldorf (Allemagne). Cet
apprentissage en Afrique et en Europe façonne son approche artistique
hybride, nourrie d’influences occidentales et africaines. Toguo travaille
entre la France et le Cameroun, où il fonde en 2013 Bandjoun Station, un
centre d’art contemporain et une résidence d’artistes destinée à
promouvoir la création artistique sur le continent africain. Artiste
pluridisciplinaire, il explore une grande diversité de médiums :
aquarelle, huile sur toile, dessin, bois et céramique, qu’il utilise
notamment pour réaliser des oeuvres monumentales. Ses peintures mettent en
scène des corps hybrides et expressifs, souvent inspirés par les
injustices sociales. Il conçoit également des oeuvres immersives qui
abordent des thématiques telles que la migration, l’identité ou encore les
systèmes de pouvoir. Il se
distingue par une esthétique à la fois brute et poétique, qui fait
dialoguer l’histoire coloniale, les questions migratoires et l’identité
culturelle africaine.
Moustapha Baïdi Oumarou

Moustapha Baïdi Oumarou est un artiste, d’abord autodidacte, avant de
poursuivre sa formation à l’Institut des Beaux-arts de Foumban (Cameroun).
Il vit et travaille à Maroua. À travers la peinture, la sculpture et les
installations, Oumarou évoque les dynamiques culturelles, politiques et
économiques du continent africain, le tout empreint d’une spiritualité
toute personnelle. Il interroge les tensions sociales et culturelles qui
existent dans les sociétés africaines contemporaines, notamment celles
liées aux héritages traditionnels et à l’influence de la mondialisation.
Animé par une volonté de « représenter la vie de sa plus belle palette de
couleurs », il utilise son art comme outil de réflexion sur l’identité, la
transmission et la préservation des cultures africaines, tout en
interrogeant les défis de l’adaptation à un monde globalisé. Sa démarche
revendique également la liberté de l’art africain de s’affranchir des
attentes ou pressions extérieures et libre d’évoluer selon ses propres
codes.
Pascal Konan

Pascal Konan est diplômé des Beaux-Arts d’Abidjan. Il y enseigne
aujourd’hui la peinture tout en pratiquant son activité d’artiste peintre
et de plasticien. Il réalise notamment des assemblages à partir de
composants électroniques. Konan est un peintre de l’urbanité, ses oeuvres
représentant essentiellement la rue, le boulevard, le marché, les gares
routières. Son immersion dans le quotidien des habitants d’Abidjan nourrit
principalement son inspiration. Il s’attache à capturer l’essence des
villes ivoiriennes, caractérisées par leur effervescence, la profusion de
sons, de couleurs et d’odeurs. Par son exploration permanente de l’âme
africaine, Konan cherche à révéler
ce que le visible dissimule à l’invisible. Selon l’artiste, « dans le
contexte actuel, où les clivages sociaux et la dégradation de la condition
humaine s’accentuent, mes peintures prônent l’action individuelle comme
moyen de concrétiser l’humanisme ».
Cheikh Ndiaye

Cheikh Ndiaye suit une formation artistique à l’École Nationale des
Beauxarts de Dakar, puis à l’École des Beaux-arts de Lyon. Il vit et
travaille entre Dakar et Prague. Son oeuvre, qui englobe peinture,
photographie et installation, se distingue par une attention particulière
à l’architecture et à l’urbanisme, en particulier aux éléments informels
et ordinaires de l’environnement urbain, qu’il considère comme
fondamentaux dans sa pratique artistique. Il redonne vie à des objets
anciens, les sortant de leur état d’abandon pour les réintégrer dans un
nouvel imaginaire. Parmi ses oeuvres notables, on trouve des peintures
représentant des scènes urbaines, souvent traversées d’ouvertures peintes
dans des murs opaques en béton brut, suggérant des seuils ou des passages.
Ndiaye explore la porosité des substances et propose une conception de
l’effritement comme mouvement de résistanc à l’oubli. Son travail est
reconnu par plusieurs distinctions, notamment en 2012, lorsqu’il reçoit le
prix Natulis Art Temporary à Berlin (Allemagne). En 2008, il est lauréat
du prix Linossier en France.
Chéri Samba

Chéri Samba est un artiste autodidacte, qui réside et travaille en
République démocratique du Congo, principalement à Kinshasa. Son travail
se distingue par une peinture figurative aux couleurs vives, mêlant
satire, critique sociale et éléments autobiographiques. Il utilise
principalement l’acrylique sur toile, une technique qui rappelle les
enseignes et affiches publicitaires qu’il réalisait au début de sa
carrière. Ses oeuvres, souvent peuplées de personnages expressifs
accompagnés de textes explicatifs, donnent un ton humoristique ou engagé à
ses tableaux. Samba traite de sujets variés tels que la politique, la
mondialisation, la corruption, la sexualité, la culture africaine et les
inégalités sociales. Samba décide très tôt de se faire sujet régulier de
ses tableaux, affirmant ainsi son rôle d’auteur et de commentateur du
monde qu’il dépeint : « (…) que les sujets de mes tableaux me concernent
directement ou non, je préfère de toute façon me représenter. Puisque
c’est moi qui peins, ce sont mes idées, je décide du sujet, je décide des
commentaires pourquoi donc mettre le visage de quelqu’un d’autre plutôt
que le mien (…) ?». Il acquiert une reconnaissance internationale à partir
de 1989 lors de sa participation à l’exposition Magiciens de la terre au
Centre Pompidou (Paris).
Yeanzi

Yeanzi est un artiste plasticien formé à l’École Nationale des
Beaux-arts d’Abidjan, où il développe ses compétences en peinture et en
sculpture. Il vit et travaille à Abidjan, tout en participant
régulièrement à des résidences artistiques et des expositions
internationales. Yeanzi est particulièrement connu pour ses oeuvres
réalisées à partir de plastique fondu, technique qu’il exploite pour créer
des portraits à la fois puissants et évocateurs. En fondant et en
superposant des morceaux de plastique récupérés, il confère une texture
unique et un effet visuel saisissant à ses oeuvres. Les portraits qu’il
façonne oscillent entre abstraction et figuration, les visages semblant se
recomposer et se décomposer sous l’effet de la matière. À travers ces
figures fragmentées, Yeanzi évoque les mutations sociales et les
cicatrices laissées par l’histoire coloniale et les réalités
contemporaines. Sa démarche est à la fois esthétique, politique et
écologique. Le choix du plastique, matériau contemporain chargé de
signification, interroge la mémoire collective et alerte sur les enjeux
environnementaux. Comme il l’explique « je m’exprime avec un matériau
témoin de mon temps qui donne un aspect écologique à mon travail ». Ses
trois séries principales – Persona, Projections et Colloquium
– forment le socle d’une réflexion critique sur le devoir de mémoire
des sociétés humaines, interrogeant la manière dont individus et
communautés se construisent à travers l’héritage du passé.
Armand Boua

Armand Boua se forme à l’École des Beaux-arts et au Centre Technique des
Arts Appliqués d’Abidjan, où il vit et travaille. Ses oeuvres, inspirées
des scènes de sa vie urbaine, oscillent entre abstraction et figuration.
Elles conservent néanmoins une énergie vibrante, imprégnée par le
dynamisme des rues et les vies qui les habitent, offrant ainsi au
spectateur une expérience visuelle riche et intense. Boua utilise
principalement des matériaux recyclés comme le carton et l’acrylique, pour
créer des compositions où les figures humaines, souvent des enfants des
rues (orphelins) ou des silhouettes déformées, sont mises en avant avec
une grande intensité. Il se libère des règles de la figuration en
fragmentant ses images, qu’il manipule par des gestes de brossage, de
grattage et de frottement.
Ana Silva

Ana Silva étudie le dessin et la peinture à l’École supérieure Ar.Co
(Centro de Artes e Comunicação Visual) à Lisbonne (Portugal), où elle
obtient son diplôme en 2003. Elle vit et travaille encore aujourd’hui dans
la capitale portugaise. Dans sa pratique artistique, Silva utilise une
palette de médiums – toile, bois, métal, acrylique, tissu – combinés à des
techniques variées : peinture, dessin, collage, oxydation. Mais ce sont
surtout la couture, la broderie et l’assemblage textile qui occupent une
place centrale dans son oeuvre. Elle détourne notamment des sacs en raphia
récupérés sur les marchés de Luanda, qu’elle brode et transforme en
installations narratives, donnant voix à l’histoire collective et
individuelle de l’Angola. Son travail porte également une vocation
militante affirmée. Elle interroge l’héritage, la mémoire, les liens entre
femmes à travers les générations, ainsi que les impacts écologiques et
sociaux du commerce de vêtements de seconde main en Afrique. Peu d’hommes
sont représentés dans son univers visuel. Elle questionne ainsi l’impact
de la fast fashion sur l’identité, l’économie et l’environnement
en Afrique, tout en célébrant la transmission entre grand-mère, mère et
fille.
Saïdou Dicko

Saïdou Dicko est un artiste peintre autodidacte et photographe, dont
l’univers est profondément marqué par une fascination pour l’ombre,
thématique récurrente de son travail artistique. Il partage sa vie entre
le Burkina Faso et Paris, ce qui enrichit ses créations en lui offrant une
perspective internationale tout en restant profondément ancré dans ses
racines sahéliennes. Dicko invite à une introspection sur les aspects
invisibles de l’existence humaine, mettant en lumière les nuances de
l’identité et de la mémoire. Ses créations, photographies, peintures ou
installations, intègrent souvent des silhouettes humaines et animales,
fusionnant abstraction et figuration pour évoquer des récits universels.
Il joue des contrastes pour faire résonner des thèmes universels tels que
l’union, l’égalité et l’amour maternel.
Matthew Eguavoen

Matthew Eguavoen est à l’origine un artiste nigérian autodidacte, puis
il obtient un diplôme en génie civil et structures à l’Université de Port
Harcourt. Il opère un virage déterminant vers l’art au cours de sa
dernière année d’études. Ce choix révèle une quête existentielle : donner
un sens aux tensions qui façonnent la société nigériane, tout en cherchant
à y répondre à travers la beauté brutale de l’art. Eguavoen ne se limite
pas à représenter ses modèles, il les traduit. Leurs expressions, leurs
regards, leurs attitudes deviennent le miroir d’une réalité sociale
souvent oppressante, dans laquelle les individus conservent une dignité
vibrante et une capacité innée à rêver. Loin de se cantonner à une seule
thématique, son oeuvre traite notamment de l’extinction des valeurs
traditionnelles africaines, de l’importation des valeurs morales et
culturelles occidentales en Afrique, et de l’exil des valeurs culturelles
propres à l’Afrique en tant que peuple.
Moké

Artiste autodidacte, Moké conçoit très tôt un langage pictural unique,
où l’expressivité figurative s’impose avec force. Ses oeuvres foisonnent
de récits, portés par une palette de couleurs éclatantes qui restituent
toute l’intensité vibrante de la vie kinoise. Se qualifiant lui-même de «
peintre-journaliste » – une formule qu’il revendique dès ses débuts en
l’inscrivant sur un mur – il s’attache à capturer l’énergie bouillonnante
de Kinshasa, ville qui restera le théâtre principal de son art.
Observateur affûté du quotidien, Moké immortalise la ferveur populaire,
les tensions politiques, les effervescences des marchés et la vitalité
nocturne, tout en mettant en lumière les aspirations et contradictions de
la jeunesse congolaise. Il n’hésite pas à jouer avec les perspectives et à
exagérer certaines proportions pour donner plus de force à son message.
Travaillant principalement avec la peinture sur toile et sur panneaux de
contreplaqué, les peintures de Moké sont souvent empreintes d’humour et de
satire, portant un regard critique sur la société congolaise et ses
transformations depuis l’indépendance.
Victor Olaoye

Victor Olaoye termine sa formation en éducation artistique de
l’Université Obafemi Awolowo (ACE, Ondo) en 2019. Il vit et travaille au
Nigéria. Issu d’une famille profondément enracinée dans la pratique
traditionnelle de l’adire, un tissu nigérian teint à la main
selon des techniques artisanales, il est initié dès son plus jeune âge aux
savoir-faire de la teinture et de la confection textile. Cette immersion
précoce dans l’artisanat traditionnel marque durablement son travail, qui
explore les relations entre l’identité humaine et les textiles
traditionnels. Les oeuvres d’Olaoye se distinguent par l’utilisation de
teintures locales et d’acryliques sur toile. Il est particulièrement
reconnu pour sa technique consistant à peindre le tissu avec les mêmes
matériaux utilisés pour la fabrication de l’Adire. Ses oeuvres mettent
souvent en scène des silhouettes humaines sombres ornées de motifs
floraux, créant un contraste saisissant qui attire l’attention sur les
détails des étoffes et des formes humaines. À travers cette approche,
l’artiste soulève des questions sur la politique vestimentaire et son rôle
dans la construction de l’identité humaine.
Kaloki Nyamai

Kaloki Nyamai forge son parcours artistique à travers une immersion
profonde dans les arts visuels et la culture de son pays. Il commence dans
le design et la production audiovisuelle avant de se tourner vers la
peinture et l’installation. Vivant et travaillant à Nairobi, il s’inspire
des récits oraux de son enfance, racontés par sa grand-mère, qui lui
transmet l’histoire des Kamba, son peuple. Se distinguant par une pratique
mêlant peinture, collage, superposition de matériaux et parfois
installation vidéo, Nyamai compose des œuvres d’une grande densité
visuelle. Il utilise une variété de matériaux – acrylique, pastel, encre,
tissu, journaux et éléments recyclés – qu’il superpose pour créer des
compositions denses et stratifiées. Sa palette, composée de couleurs
terreuses, sombres ou contrastées, accueille des figures humaines
enchevêtrées, parfois cachées sous des couches successives de peinture.
Certains tableaux comportent des fils cousus ou attachés, évoquant l’idée
de réparation, de connexion ou de suture, métaphores des cicatrices
historiques. Nyamai questionne la façon dont les récits historiques sont
construits, manipulés et transmis à travers les générations. Ses oeuvres,
qui portent sur la dualité entre tradition et modernité, mettent en scène
des personnages symboliques, à la fois ancrés dans le passé et projetés
dans l’avenir. Il s’intéresse particulièrement à la condition humaine et
aux luttes sociopolitiques en Afrique, utilisant l’art comme un moyen de
réinterpréter les silences de l’Histoire et de donner une voix aux
oubliés.
Jean-David Nkot

Jean-David Nkot se forme à l’Institut des Beaux-arts de Foumban
(Cameroun), où il est distingué pour son talent, recevant plusieurs
distinctions : meilleur sculpteur, installateur et peintre. Il vit et
travaille à Douala où il peint la condition humaine. Depuis 2020, Nkot
centre sa recherche artistique sur l’exploitation des matières premières
en Afrique et les enjeux économiques et politiques qui l’accompagnent. Il
axe en particulier sa réflexion sur la culture du coton, en tant
qu’origine de la révolution industrielle, pour en interroger les
répercussions environnementales et humaines, tout comme les rapports
Nord/Sud. À travers ses oeuvres, il évoque le manque de visibilité et de
reconnaissance de ces travailleurs de l’ombre. En leur donnant le statut
d’icônes contemporaines, il invite à repenser notre modèle économique pour
protéger autant les hommes que la planète.
Maku Azu

Maku Azu est une artiste ghanéenne connue pour ses portraits figuratifs
de nus, abstraits et saisissants. Elle partage sa vie entre Accra, Paris
et Bangkok, où elle a longuement résidé. Ses oeuvres, souvent marquées par
la présence de multiples « soi », abolissent les frontières et interrogent
la notion même de limites. Azu explore la manière dont les humains, en
particulier les femmes, se regroupent et s’associent pour s’adapter à leur
environnement. Ses œuvres dialoguent entre elles, s’enrichissant
mutuellement. Son style se distingue par des compositions dynamiques,
souvent caractérisées par des jeux de textures et de transparences. À
travers ses oeuvres, l’artiste interroge les concepts de mémoire,
d’identité et de transformation culturelle.
Cassi Namoda

Formée aux Beaux-arts aux États-Unis, Cassi Namoda est une artiste
peintre et performeuse dont le travail est influencé par diverses
traditions artistiques, de l’art africain classique aux mouvements
modernistes occidentaux. Namoda mène une vie nomade, partageant son temps
entre New York, Los Angeles et le Mozambique. Ses oeuvres, réalisées à
l’huile sur toile et à l’acrylique, présentent des scènes narratives
riches en symbolisme. Elle joue avec des couleurs vibrantes, des
compositions oniriques et une esthétique qui oscille entre réalisme et
abstraction, cherchant à créer des images qui transcendent le temps, en
une rêverie introspective. « Pour l’artiste, peindre répare alors la
confusion des souvenirs qui se mêlent aux histoires, grandes et petites,
au temps qui passe, aux couches de couleurs et de sensations qui se
mélangent. C’est faire le portrait d’une errance entre les mythes d’un
temps qu’on ne connaîtra pas, en lui donnant l’aspect de la nostalgie qui
caractérise si bien le temps présent » (Rémi Guezodje, The Steidz, juin
2023).
Olivia Mae Pendergast

Olivia Mae Pendergast obtient en 1994 son diplôme en arts plastiques du
Columbus College of Art and Design. En 2006, elle s’installe au
Kenya. Travaillant principalement à l’huile sur toile, elle s’attache à
représenter des scènes quotidiennes qui évoquent une émotion ou une
connexion particulière. Comme elle l’exprime : « Les peintures que je crée
sont un reflet direct de l’expérience que je vis ». Son travail met en
lumière la beauté silencieuse des moments simples et intimes de la vie.
Son style distinctif se caractérise par des représentations figuratives
épurées qui mettent en avant la beauté et la dignité de ses sujets.
Chacune de ses créations témoigne d’une attention particulière aux détails
et d’une sensibilité profonde envers les émotions humaines. À travers ses
oeuvres, Pendergast invite le spectateur à une réflexion introspective sur
la beauté intrinsèque de la vie quotidienne et des relations humaines.
Lazarus Takawira

Lazarus Takawira était le benjamin d’une fratrie d’artistes, tous
reconnus pour leur contribution à la sculpture zimbabwéenne. Sa mère, Amai
Takawira, était également sculptrice, ce qui lui a permis d’être immergé
dans un univers artistique dès son plus jeune âge. Maître de la sculpture
sur pierre, art emblématique du Zimbabwe, Takawira s’inscrit dans la
tradition des Shona Sculptors, un mouvement artistique qui a émergé dans
les années 1950. Il travaille principalement la serpentine et le
springstone, des pierres locales particulièrement dures, qu’il
polit pour obtenir une finition lisse et éclatante. Takawira consacre son
oeuvre exclusivement à la représentation des femmes. Ses réalisations,
souvent abstraites mais dotées d’une grande sensibilité, capturent des
émotions profondes et symbolisent la maternité, la force et l’esprit des
femmes africaines. L’équilibre entre lignes douces et formes puissantes,
leur confère une dimension intemporelle. Takawira exprime également une
profonde connexion avec la nature et les traditions ancestrales du
Zimbabwe, insufflant à chaque oeuvre une essence spirituelle et
symbolique.
Abdoulaye Konaté

Abdoulaye Konaté, graphiste, fait ses études de peinture à l’Institut
national des arts de Bamako, jusqu’en 1976, avant de poursuivre une
formation à l’Institut des arts plastiques de La Havane (Cuba) en 1978. En
1998, il est nommé directeur du Palais de la Culture de Bamako. Bien que
formé à la peinture, Konaté s’en détache afin d’explorer de nouveaux
médiums. Le tissu devient alors le support central de son expression
artistique. Ses oeuvres monumentales, composées de bandes de coton teintes
et cousues, fusionnent les savoir-faire artisanaux maliens avec des
préoccupations contemporaines. Le travail de Konaté se distingue par une
double orientation. D’un côté, il aborde des sujets sociopolitiques et
environnementaux, tels que conflits armés, luttes de pouvoir, religion,
mondialisation, changements écologiques et épidémie du SIDA. De l’autre,
il interroge la dimension esthétique de l’oeuvre, explorant la couleur, la
forme et la texture pour créer des compositions visuellement saisissantes.
Comme il l’affirme lui-même : « Je vois mon travail comme de la peinture.
Le matériel change, mais je considère cela comme de la peinture. Pour moi
le textile peut être un moyen d’expression artistique ». Ainsi, son
utilisation du textile rend hommage aux techniques traditionnelles de
tissage et de teinture du Mali, tout en inscrivant son travail dans une
perspective universelle.
Alioune Diouf

Alioune Diouf est un artiste sénégalais d’origine sérère dont le
parcours artistique s’est nourri d’une éducation coranique traditionnelle,
complétée par une approche autodidacte. Il s’inspire de l’observation de
son entourage et des échanges avec une riche communauté d’artistes. En
1989, il rejoint le Laboratoire Agit’Art, qui organise des expériences
artistiques et des performances, ouvrant ainsi la voie à des formes d’art
collaboratif. L’oeuvre de Diouf se caractérise par l’utilisation de
matériaux bruts et la fabrication artisanale de ses pigments à partir
d’éléments tels que l’argile, les noix de kola et le café. Ses toiles,
soigneusement cousues à la main, tissent un enchevêtrement de figures
humaines et animales, ainsi que de motifs cosmiques et floraux, traduisant
un symbolisme profond et sacré. En intégrant des matériaux naturels et en
utilisant des références cosmogoniques et spirituelles, l’artiste cherche
à reconnecter l’homme à son environnement et à ses racines ancestrales.
Ses créations invitent à une réflexion sur l’équilibre entre l’homme et la
nature, tout en célébrant la richesse de la culture sénégalaise et les
croyances profondes qui la traversent.
Salah Elmur

Salah Elmur étudie le design graphique au College of Fine and Applied
Art de l’Université des sciences et technologies du Soudan, où il obtient
son diplôme en 1989. Il quitte alors le Soudan pour Nairobi (Kenya), avant
de s’installer définitivement au Caire (Egypte). Elmur puise dans ses
racines et son enfance, s’inspirant de l’imaginaire collectif et des
traditions populaires de sa région. Marquées par une forte dimension
humaine, ses oeuvres explorent des thèmes liés à la vie quotidienne, à la
condition des travailleurs, ainsi qu’à l’identité et à la mémoire
collective. Les sujets récurrents de ses peintures sont des paysans, des
pêcheurs et des ouvriers, qui peuplent des paysages pastoraux et des
scènes de la vie rurale. À travers ces figures, Elmur cherche à créer une
représentation à la fois intime et universelle de l’être humain, qui
transcende les frontières géographiques et culturelles. Bien que son art
soit ancré dans la réalité soudanaise, Elmur explore également les liens
entre le Soudan, le Kenya et l’Égypte, trois pays essentiels dans son
parcours. Cette triangulation biographique imprègne son oeuvre d’une
dimension cosmopolite, où la diversité des influences et des expériences
de vie se mêle à une réflexion sur l’Afrique et le panafricanisme. Outre
son approche figurative et narrative, Elmur est également reconnu pour sa
maîtrise de la couleur et de la composition, offrant à ses toiles une
force visuelle qui capte l’attention tout en transmettant une émotion
brute et sincère.
Brahim El Anatsui

Brahim El Anatsui étudie les Beaux-arts à l’Université des Sciences et
Technologies Kwame Nkrumah à Kumasi, dont il est diplômé en 1969.
Entre 1975 et 2000, il enseigne la sculpture à l’Université du Nigéria à
Nsukka, où il vit et travaille aujourd’hui. El Anatsui se démarque par son
utilisation du recyclage dans l’art. Il transforme des matériaux
récupérés, tels que des capsules de bouteilles, des canettes, des fils de
fer et des plaques d’aluminium, en oeuvres artistiques. Il utilise
également le bois sculpté et brûlé, présent dans ses premières oeuvres,
qui évoque la mémoire et l’héritage culturel africain. Dans certains
travaux plus anciens, il privilégie les matériaux locaux, comme l’argile
et la céramique, un choix profondément significatif qui témoigne de son
engagement écologique et social en invitant à une réflexion sur la
surconsommation et la gestion des déchets. Son travail reflète également
une volonté de développer une esthétique propre à l’Afrique, loin des
clichés souvent associés au Continent. À travers ses créations, il
s’inscrit dans un mouvement plus large de réappropriation culturelle porté
par des artistes africains contemporains. Anatsui est récompensé à
plusieurs reprises, notamment en 2015 où il reçoit le Lion d’or à la
Biennale de Venise pour l’ensemble de son oeuvre. En 2017, le Japon lui
accorde le titre de Praemium Imperiale considéré comme le « Nobel
de l’art ».
Arébénor Basséne

Arébénor Basséne est un artiste plasticien contemporain sénégalais.
Diplômé en anglais et en civilisations africaines de l’Université Cheikh
Anta Diop et diplômé de l’École nationale des arts du Sénégal, il vit et
travaille à Dakar. Son oeuvre, à la croisée des techniques traditionnelles
et des expressions modernes, aborde les questions identitaires,
culturelles et sociales. Basséne donne vie à des mondes imaginaires qui
interrogent les relations entre le passé et le présent. Son art puise dans
des éléments visuels traditionnels – comme les motifs textiles ou les
symboles culturels – qu’il réinterprète dans un langage contemporain. Les
thèmes de la migration, de l’appartenance et de l’identité transcendent
son oeuvre. Basséne utilise des médiums variés pour représenter des
figures éthérées, des paysages en mutation et des formes organiques qui
reflètent les transformations du monde africain. Son style oscille entre
abstraction et figuration, jouant sur des tonalités terreuses et des
couleurs vives évoquant la profondeur et la vitalité des paysages
africains. Ses compositions sont souvent construites par couches,
symbolisant la complexité de l’histoire et des expériences humaines.
Estavão Mucavele

Le parcours artistique d’Estevão Mucavele débute à Maputo (Mozambique),
où il se forme aux arts plastiques au sein d’institutions locales dédiées
à la promotion des talents émergents. Il perfectionne son savoir-faire en
intégrant des ateliers d’artistes confirmés et en explorant diverses
techniques. En 1966, il s’installe au Cap (Afrique du Sud), où il peut
concilier travail et peinture. Son apprentissage se nourrit d’influences
multiples, mêlant traditions africaines et approches contemporaines, ce
qui lui permet de développer un langage artistique singulier. Les oeuvres
de Mucavele représentent généralement des paysages qu’il a vus – comme les
mines ou la mer – inspirés de ses voyages entre le Mozambique et l’Afrique
du Sud. Union de l’artiste et de la nature, sa peinture retient les
couleurs et les formes du désert du Karoo, des montagnes du Cap (Table
Mountain, Lion’s Head, Signal Hill) ou du cap de Bonne-Espérance.
Amadou Sanogo

Amadou Sanogo se forme à l’Institut National des Arts de Bamako (INA) en
1997, malgré l’opposition de son père qui considérait les arts comme
indignes de lui : « un noble ne doit pas se permettre des
activités de griots ». Il s’initie à la technique du
bogolan, tissu emblématique de la culture malienne, avant de se
tourner vers la peinture. Engagé et fédérateur, il vit et travaille à
Bamako, où il fonde en 2014, l’Atelier Badialan, espace collectif
accueillant de jeunes artistes. Sanogo est connu pour son style pictural
distinctif, caractérisé par des figures épurées aux contours affirmés,
souvent représentées sur des fonds minimalistes. Il privilégie l’acrylique
sur toile, le textile et les matériaux de récupération, intégrant parfois
des références à l’art traditionnel africain. Son usage du tissu comme
support s’inscrit dans une volonté de relier l’art contemporain aux
pratiques culturelles locales. Selon Christophe Person, directeur de
galerie du même nom à Paris, « (…) Amadou Sanogo parvient à créer une
impression de profondeur de champ et, tout à coup, la scène se joue même
si on ne reconnaît ni le décor, ni les acteurs (…) ». L’écrivain et
critique d’art camerounais Simon Njami souligne : « (…) il ne s’est jamais
dit malien parce qu’il savait l’être. Il ne s’est jamais proclamé
contemporain, il l’a toujours été. Et entre tous les leurres agités par
des définitions ronflantes et creuses, il s’est toujours dit peintre sans
autre fioriture ». Ainsi, loin de se limiter à une dimension
politique, le travail de Sanogo met avant tout en lumière son vécu et son
cadre de vie, explorant en profondeur la notion de quête identitaire.
J.D. ‘Okhai Ojeikere

J.D. ‘Okhai Ojeikere, photographe nigérian sans formation académique
formelle en art ou en photographie, commence à apprendre le métier de
manière autodidacte. Il est particulièrement reconnu pour ses portraits
emblématiques de coiffures traditionnelles nigérianes, qui documentent
l’esthétique et la culture de son pays à travers une approche méticuleuse
et artistique. Ojeikere passe l’essentiel de sa vie au Nigéria, où il
construit une œuvre documentaire majeure. Après avoir travaillé au
ministère de l’Information, il intègre la Nigerian Broadcasting
Corporation en tant que photographe officiel. Il collabore ensuite avec
diverses agences de publicité et devient membre de l’association des
photographes nigérians. C’est à Lagos, où il s’établit définitivement,
qu’il développe ses séries les plus emblématiques, capturant la
transformation culturelle du Nigéria postindépendance à travers une
exploration sensible des traditions et de l’esthétique locale. Ojeikere
est surtout connu pour Hairstyles, une série de plus de mille
photographies en noir et blanc documentant les coiffures nigérianes
traditionnelles et modernes. Véritables sculptures capillaires, ces
coiffures sont mises en valeur dans leur dimension sociale, esthétique et
symbolique. À travers cette archive visuelle unique, Ojeikere célèbre la
richesse des expressions culturelles africaines, souvent négligées ou
réduites à des clichés occidentaux, tout en préservant un patrimoine en
pleine transformation.
Fahamu Pecou

Fahamu Pecou est un artiste pluridisciplinaire, formé en peinture de
manière indépendante au Spelman College d’Atlanta (États-Unis) dès 1996.
Il achève son doctorat à l’Institute of Liberal Arts de
l’Université Emory à Atlanta, à travers un projet itinérant et
multidisciplinaire intitulé DO or DIE: Affect, Ritual,
Resistance, qui mêle vidéos, performance, peinture et photographie.
Il vit et travaille à Atlanta. L’oeuvre de Pecou est au croisement des
beaux-arts, de la culture afro-américaine et du hip-hop, créant un
dialogue visuel affirmé et puissant. À travers ses créations, il intègre
peinture, performance, art vidéo et installations, combinant des éléments
de la culture hip-hop moderne avec son intérêt pour la spiritualité Yoruba
et le mouvement de la Négritude. Célèbre pour ses toiles de grand format,
Pecou explore sa propre image comme outil d’affirmation de son identité
noire. Selon lui, il ne s’agit pas d’autoportraits au sens strict, mais
d’un moyen pour jouer des « stéréotypes » et ainsi les déconstruire, dans
une démarche qu’il nomme « subvertir le regard ». Selon
sa propre définition : « (…) le regard des autres est un dépouillement
violent de l’humanité d’une personne, et la signification de quelqu’un
d’autre vous est imposée (…) ».
Duncan Wylie

Duncan Wylie intègre l’École Nationale Supérieure des Beaux-arts de
Paris dans les années 1990. Il y développe une approche picturale
singulière, marquée par la fragmentation des formes et une réflexion sur
la destruction et la reconstruction. Il vit et travaille à Paris. Le
travail de Wylie se caractérise par des compositions dynamiques et
chaotiques, où les images semblent en perpétuel mouvement, témoignant d’un
monde en transition. Ses oeuvres capturent souvent des instants
d’effondrement et de reconstruction, s’inspirant à la fois de l’histoire
contemporaine et de son propre exil du Zimbabwe. Il joue sur les
perspectives éclatées, les superpositions, les éléments architecturaux et
urbains, créant des toiles qui interrogent notre perception de la réalité.
Il utilise la peinture à l’huile avec une technique très expressive,
mêlant figuration et abstraction, où l’on perçoit une tension entre ordre
et chaos.
Moshekwa Langa

Moshekwa Langa suit une formation académique en arts visuels à
l’Université de Pretoria, où il obtient son diplôme en 1997. Son parcours
artistique est nourri à la fois par ses expériences personnelles, la
culture sud-africaine et l’histoire postcoloniale, mais aussi par
l’exploration d’influences internationales, rencontrées au cours de ses
études et de ses résidences artistiques à l’étranger. Aujourd’hui installé
à Amsterdam, il y mène ses projets culturels. Langa expérimente avec une
grande variété de médiums, allant de la peinture et du dessin, à des
installations multimédia complexes. Il intègre souvent des matériaux de
récupération, objets trouvés ou éléments organiques. Son oeuvre interroge
la mémoire, l’identité, et les frontières entre le visible et l’invisible
à travers des formats visuels innovants incluant également la vidéo, la
photographie et le collage. « Si je devais expliquer ce que je fais à
quelqu’un, je dirais que je crée des sortes de paysages oniriques…
J’essaie d’enregistrer les différents aspects de l’état de veille et du
sommeil, capturant ainsi cette frontière floue entre les deux mondes ».
Ouattara Watts

Ouattara Watts est un artiste peintre et plasticien. Il débute ses
études aux Beaux-arts d’Abidjan, avant d’approfondir sa formation à
l’École nationale supérieure des Beaux-arts de Paris. Sa rencontre
décisive avec Jean-Michel Basquiat dans les années 1980 influence
fortement son parcours. Suivant son conseil, il s’établit à New York, où
il vit et travaille depuis. Watts est reconnu pour ses peintures grand
format, qui associent acrylique, collage, textiles, et éléments
graphiques, dans une esthétique vibrante, riche en symboles. Il intègre
souvent des signes mystiques, des chiffres, des lettres et des motifs
africains, créant des compositions complexes. Son oeuvre est marquée par
une approche multidimensionnelle, combinant influences africaines, jazz,
abstraction et spiritualité. Son langage visuel est unique, inspiré par la
métaphysique, les rites ancestraux et la musique, notamment le free-jazz,
qu’il associe à une forme d’improvisation libératrice. Watts se considère
comme un « voyageur artistique », refusant toute catégorisation et
revendiquant une vision universelle de l’art. Pour lui, l’art est un
espace de transcendance culturelle, philosophique et spirituelle, capable
de franchir les frontières et d’éveiller les consciences.
Omar Ba

Omar Ba est un artiste plasticien sénégalais, formé aux Beaux-arts de
Dakar et de Genève. Il partage aujourd’hui sa vie entre sa ville
d’adoption et son pays natal. Reconnu pour son style unique qui mêle des
influences de l’art traditionnel africain, de l’art contemporain et de la
peinture figurative, Ba utilise symboles, motifs et couleurs vives pour
explorer des thèmes tels que l’identité, la culture et la mémoire
collective. Ses oeuvres sont souvent marquées par des personnages hybrides
et des scènes narratives empreintes de questions sociales, politiques et
historiques. À travers ses tableaux, Ba valorise la diversité des
identités culturelles en mettant l’accent sur les luttes et les
résistances contemporaines, tout en célébrant la richesse historique et
artistique du continent africain.
Amoako Boafo

Amoako Boafo vit et travaille à Vienne et à Accra. Formé au Ghanatta
College of Art and Design d’Accra, il poursuit ses études à l’Académie des
Beaux-Arts de Vienne (Autriche). Il est reconnu pour ses portraits
vibrants et expressifs célébrant la beauté, la dignité et l’individualité
des Noirs. Son expérience européenne a également façonné son regard
critique sur les représentations des Noirs dans l’histoire de l’art
occidental, renforçant son désir de réécrire cette narration à travers son
travail. Le style distinctif de Boafo se caractérise par une combinaison
de coups de pinceau soigneusement appliqués et de peinture au doigt, qu’il
utilise pour créer des textures riches et dynamiques sur les visages et
les corps, leur conférant une présence tactile et vibrante. Cette
technique rend ses portraits immédiatement reconnaissables et leur confère
une dimension intimiste et émotionnelle.
William Kentridge

Willam Kentridge est un artiste plasticien diplômé en Beaux-Arts de la
Johannesburg Art Foundation. À la fin des années 1970, il se tourne
d’abord vers le théâtre, étudiant le mime et l’art dramatique à Paris. De
retour au dessin et à la gravure, il crée dès 1979, une trentaine de
monotypes qui constitueront la série Pit. L’année suivante, il
exécute une cinquantaine de gravures de petit format réunies sous le titre
Domestic Scenes. Ces deux ensembles fondent l’identité artistique
de Kentridge qu’il ne cessera de développer par la suite. Son style se
caractérise par des dessins au fusain et à l’encre, souvent effacés puis
retravaillés en une série d’images successives donnant naissance à des
animations expressives, empreintes de poésie. Son travail dépasse le cadre
du dessin : il englobe théâtre, sculpture et installations, jouant avec
les notions de mémoire, d’histoire et d’illusion. Kentridge s’illustre
également dans des oeuvres de grande envergure. Ses tapisseries, réalisées
en collaboration avec des artisans, intègrent ses silhouettes
emblématiques, souvent inspirées de l’histoire sud-africaine et du
colonialisme. Profondément marqué par l’histoire politique et sociale de
son pays, en particulier l’apartheid et ses conséquences, Kentridge
explore les thèmes de l’oppression, de l’exil, de la mémoire et de la
reconstruction postcoloniale. Un exemple marquant est l’oeuvre Portage
(2000), tapisserie mettant en scène des silhouettes noires découpées
semblant avancer dans un mouvement narratif puissant, évoquant l’exil et
le déplacement. Ses peintures murales, quant à elles, marquent l’espace
urbain et institutionnel avec une force expressive saisissante.
Triumphs and Laments (2016), une fresque géante réalisée sur les
rives du Tibre à Rome, en est l’exemple le plus emblématique. Composée de
figures mythologiques et historiques, progressivement effacées par le
passage du temps, cette oeuvre souligne ainsi l’éphémérité de la mémoire
et de l’histoire.
Tonia Nneji

Tonia Nneji se forme aux arts visuels à l’Université de Lagos où elle
vit et travaille. Elle utilise principalement l’huile et l’acrylique sur
toile, créant des compositions où des figures aux tonalités bleutées sont
enveloppées de tissus africains aux motifs éclatants. Ces textiles,
souvent associés à des communautés religieuses ou à des pratiques
traditionnelles, symbolisent les efforts déployés par les femmes pour
trouver des remèdes à leurs maux, que ce soit par la médecine moderne, les
herboristes ou les prières. Ses oeuvres abordent la culture du silence
entourant la santé physique et mentale des femmes, l’autonomie corporelle
et le harcèlement sexuel. S’inspirant de sa propre expérience, elle
explore les thèmes de la douleur et du traumatisme sur le corps féminin,
cherchant à créer des espaces de parole sûrs et ouverts. Ses oeuvres
offrent ainsi une perspective intime sur la résilience des femmes face à
la douleur et aux obstacles sociétaux, tout en célébrant la richesse des
traditions culturelles nigérianes. Nneji utilise principalement la
technique du clair-obscur, jouant sur les contrastes de lumière pour créer
une impression de volume. Ses œuvres donnent vie à des « ombres
fantomatiques mystiques » qu’elle habille de tissu wax, traditionnellement
utilisé en Afrique. Ses personnages, principalement des femmes, rappellent
de manière approximative les figures que l’on trouve dans les églises
orthodoxes européennes. Ils symbolisent l’influence européenne sur le
christianisme, en particulier l’Église catholique, dans son pays natal.
Moses Zibor

Moses Zibor est un artiste nigérian diplômé en 2008 du Yaba College of
Technology de Lagos. Il choisit ensuite de s’établir à Almaty, au
Kazakhstan, où il réside et travaille. Zibor définit son esthétique comme
du « réalisme impressionniste », un style dans lequel il retranscrit ses
vécus sous une forme figurative, imprégnée d’émotions et de perceptions
subjectives. Ses oeuvres intègrent fréquemment des éléments empruntés au
surréalisme, bousculant la frontière entre le réel et l’imaginaire,
inscrivant ses compositions dans une esthétique ancrée dans les références
à la culture africaine et à son propre cheminement. Parallèlement à son
activité de peintre, Zibor s’investit dans l’enseignement et dans des
projets créatifs.
Zanele Muholi

Zanele Muholi se définit comme non binaire et souhaite que l’on utilise
les pronoms ils/leurs à leur égard. Ils vivent entre
Cape Town et Durban. Entre 2002 et 2003, ils suivent une formation avancée
en photographie à Newtown, Johannesburg. Leur oeuvre met en lumière les
identités LGBTQIA+ en Afrique du Sud et les luttes pour la visibilité et
les droits des personnes marginalisées. En 2002, Muholi cofondent le Forum
pour l’autonomisation des femmes Empowerment of Women, une
organisation lesbienne noire visant à créer un espace sûr pour les femmes.
Ils commencent ensuite à documenter les crimes perpétrés contre la
communauté gay. Parmi leurs séries emblématiques figure Faces and
Phases initiée en 2006: une série de portraits de lesbiennes et de
personnes trans sud-africaines, témoignant de la diversité des identités
queer dans un pays où ces communautés restent vulnérables aux
discriminations et violences. En 2016, la série Brave Beauties
célèbre quant à elle la beauté et la résilience des femmes trans et
non binaires. À travers leurs portraits, Muholi cherche à contrer
l’invisibilisation et les stéréotypes, en documentant les vies et les
réalités des communautés LGBTQIA+. En affirmant la force et la dignité de
leurs modèles, l’artiste propose une contre-narration aux récits
oppressifs dominants.
Thandiwe Muriu

Autodidacte, Thandiwe Muriu s’initie très jeune à la photographie, avant
d’affiner son style en explorant l’esthétique africaine à travers des
mises en scène soigneusement construites, où chaque détail porte une
signification culturelle et symbolique. Son médium de prédilection, la
photographie numérique, lui permet de jouer avec une précision extrême sur
la lumière, la couleur et l’harmonie visuelle. Le kitenge, tissu
aux imprimés éclatants, emblématique de l’Afrique de l’Est, occupe une
place centrale dans son oeuvre. Loin de se limiter à un simple accessoire
vestimentaire, ce textile devient un outil de narration visuelle :
enveloppant ses sujets et se confondant avec l’arrière-plan, il crée une
illusion d’unité entre le sujet et son environnement. Muriu accorde
également une attention particulière aux ornements et aux coiffures,
détournant des objets du quotidien pour en faire des éléments sculpturaux
qui réinterprètent l’esthétique kényane contemporaine. Sous son objectif,
chaque accessoire se transforme en un manifeste d’ingéniosité et de
résilience culturelle. Ce détournement d’objets banals en pièces d’art
illustre l’hybridation entre modernité et tradition, tout en rendant
hommage à l’innovation artisanale africaine. À travers ses portraits,
Muriu déconstruit les normes esthétiques dominantes et propose une
nouvelle représentation de la femme africaine. Ses portraits sont une
célébration de la diversité des carnations noires, de la richesse textile
du Continent et des multiples facettes de son patrimoine, mettant en
lumière une beauté qui échappe aux canons imposés. Son engagement est
également profondément féministe. En plaçant les femmes au centre de son
oeuvre, elle leur restitue une place d’actrices et non de simples muses.
Son art transcende ainsi l’esthétique pour devenir un acte militant.
Turiya Magadlela

Turiya Magadlela vit et travaille à Soweto (Afrique du Sud). Après avoir
étudié à l’Université de Johannesburg de 1999 à 2001, elle poursuit en
2004 ses recherches post-universitaires à la Koninklijke Academie van
Beeldende Kunsten (l’Académie royale des Beaux-arts d’Amsterdam). Elle
s’approprie des textiles du quotidien – collants en nylon, uniformes
pénitentiaires et draps de prison – qu’elle transforme à travers un
processus minutieux de découpe, de couture, de pliage et de tension sur
châssis. En utilisant ces matériaux, Magadlela inscrit son oeuvre dans une
interrogation sur les mécanismes d’oppression et de contrôle des corps,
notamment ceux des femmes noires. Ses compositions, à la fois sensuelles
et politiques, renvoient à l’histoire du pays, marquée par l’apartheid et
ses séquelles, tout en faisant écho à des problématiques plus larges liées
à la condition féminine, aux inégalités raciales et aux dynamiques de
pouvoir. L’acte même de coudre et d’assembler devient un geste de
réparation et de résistance, un moyen de redonner une dignité et une
visibilité aux récits marginalisés. En choisissant des techniques
historiquement associées aux pratiques domestiques et artisanales des
femmes – couture, pliage, broderie – elle interroge également les
conditions de travail, les assignations de genre et les stigmates qui
pèsent sur les corps noirs.
Oluwole Omofemi

Godwin Oluwole Omofemi est un artiste nigérian, diplômé en 2017 en
peinture de la Higher National Diploma Painting – The Polytechnic
d’Ibadan, ville où il vit et travaille actuellement. Ses portraits
réalisés à l’huile et à l’acrylique utilisent une palette de couleurs
vibrantes, avec des contrastes marqués entre les arrière-plans et les
figures. Ses aplats de couleurs vives confèrent une intensité à ses
compositions, qui renforce le sentiment d’intemporalité et de grandeur de
ses personnages. Omofemi s’inspire des icônes de la culture africaine, du
symbolisme et du langage visuel propre à son environnement. Ses oeuvres
mettent en lumière des figures humaines, souvent issues de son entourage
ou de sa communauté, et qui explorent des thèmes tels que la fierté,
l’estime de soi, l’authenticité et l’héritage. Il accorde une importance
particulière à la coiffure qu’il considère comme un marqueur d’identité et
de puissance, un moyen de reconnecter générations présentes et traditions
du passé. Au-delà de l’esthétique, son message est clair : redonner une
place centrale aux figures noires dans l’art contemporain. En 2022, à la
demande du magazine Tatler, il réalise un portrait de la Reine
Élisabeth II, à l’occasion de son Jubilé de Platine. Cette commande
exceptionnelle témoigne de la reconnaissance internationale de son talent.
Omofemi explique à propos de sa démarche : « (…) lorsque je commence un
projet, il ne s’agit pas de savoir à quel point la peinture est belle,
mais de capturer l’essence de mon sujet (..) ».