AU-DELÀ DES APPARENCES

Art moderne et contemporain d'Afrique

  • Émergence
  • Spiritualité
  • Entre deux mondes
  • Vie au quotidien
  • Intimité
  • Intemporalité
  • Affirmation

Émergence

Albert Lubaki

Albert Lubaki s’impose comme l’un des premiers artistes africains dont l’oeuvre picturale a reçu une reconnaissance internationale. Principalement consacré pour ses réalisations sur papier, Lubaki s’est distingué par un langage pictural novateur. Son style distinctif, fruit d’une synthèse entre les canons esthétiques congolais et une gestuelle picturale spontanée, pose un jalon fondateur dans l’histoire de l’art moderne congolais. Explorant une iconographie où se conjuguent abstraction stylisée et figuration narrative, il confère à ses compositions une portée à la fois mythologique et ethnographique. Alors que les expressions plastiques traditionnelles reposaient essentiellement sur la sculpture sur bois, la fresque murale ou les objets rituels, Lubaki privilégie l’aquarelle et les pigments naturels appliqués sur papier. Par l’usage de couleurs fluides et d’une gestuelle spontanée, il développe une esthétique singulière où la translucidité des pigments et la superposition des teintes confèrent à ses compositions une dimension à la fois aérienne et onirique.

Spiritualité

Frédéric Bruly Bouabré

Frédéric Bruly Bouabré est une figure incontournable de l’art contemporain africain. Cherchant le moyen de transmettre le savoir de son peuple Bété, il invente un alphabet unique, dit « alphabet bété », un système de symboles graphiques, inventaire de sons qui permettrait de retranscrire toutes les langues du monde. Cette invention lui vaut la réputation légendaire de nouveau « Champollion » et traduit sa pensée universelle qui aspire à réunir et pacifier l’humanité. Ses dessins, réalisés au crayon de couleur, vont au-delà du simple trait. Ils instaurent un dialogue entre le texte et l’image, intégrant des références spirituelles et philosophiques, dans une volonté de transcender les frontières culturelles. Par cette fusion de l’écriture et du dessin, Bouabré nous invite à une compréhension plus profonde de l’existence, tout en célébrant l’intemporalité des symboles et leur pouvoir de transmission au-delà des époques.

Entre deux mondes

Hilary Balu

Hilary Balu est formé à l’Académie des Beaux-arts de Kinshasa, où il vit et travaille. Très tôt il s’émancipe des codes occidentaux et des techniques artistiques conventionnelles pour forger une esthétique personnelle, revendication de son identité africaine. Il rend compte de la mutation brutale de l’identité culturelle, politique, économique et spirituelle qu’a connue la République démocratique du Congo à travers une symbolique de l’objet. Il le détourne de sa fonction décorative, pour lui attribuer un rôle de témoin de l’histoire tourmentée de son pays, ses conflits, tout autant que son passé colonial. Les objets deviennent dès lors des métaphores du combat quotidien, une manière de questionner et déconstruire les réalités sociales, et de critiquer les structures du pouvoir.

Vie au quotidien

Aboudia

Aboudia, de son vrai nom Abdoulaye Diarrassouba, s’est formé au Centre des Arts appliqués de Bingerville, où il obtient en 2003 son diplôme avec spécialisation en art mural. Il est reconnu pour son style unique qui puise son inspiration dans l’abstraction brute et l’expressionnisme urbain. Partageant son temps entre Abidjan et Brooklyn, Aboudia définit son approche comme nouchi, hybridation entre culture graffiti d’Abidjan et sculptures traditionnelles en bois d’Afrique de l’Ouest. Influencé par la vie quotidienne, Aboudia dépeint les difficultés de la jeunesse et la violence politique dans son pays, au lendemain de la guerre civile de 2010, sans pour autant se définir comme un « peintre de guerre ». Son choix d’utiliser des couleurs éclatantes, des personnages stylisés, des matériaux récupérés et des collages pour raconter l’histoire sociale et politique de son pays, lui permet de créer des compositions vibrantes et intenses, symbolisant la résilience face aux conflits.

Yeanzi

Yeanzi est un artiste plasticien formé à l’École Nationale des Beaux-arts d’Abidjan, où il développe ses compétences en peinture et en sculpture. Il vit et travaille à Abidjan, tout en participant régulièrement à des résidences artistiques et des expositions internationales. Yeanzi est particulièrement connu pour ses oeuvres réalisées à partir de plastique fondu, technique qu’il exploite pour créer des portraits à la fois puissants et évocateurs. En fondant et en superposant des morceaux de plastique récupérés, il confère une texture unique et un effet visuel saisissant à ses oeuvres. Les portraits qu’il façonne oscillent entre abstraction et figuration, les visages semblant se recomposer et se décomposer sous l’effet de la matière. À travers ces figures fragmentées, Yeanzi évoque les mutations sociales et les cicatrices laissées par l’histoire coloniale et les réalités contemporaines. Sa démarche est à la fois esthétique, politique et écologique. Le choix du plastique, matériau contemporain chargé de signification, interroge la mémoire collective et alerte sur les enjeux environnementaux. Comme il l’explique « je m’exprime avec un matériau témoin de mon temps qui donne un aspect écologique à mon travail ». Ses trois séries principales – Persona, Projections et Colloquium – forment le socle d’une réflexion critique sur le devoir de mémoire des sociétés humaines, interrogeant la manière dont individus et communautés se construisent à travers l’héritage du passé.

Intimité

Matthew Eguavoen

Matthew Eguavoen est à l’origine un artiste nigérian autodidacte, puis il obtient un diplôme en génie civil et structures à l’Université de Port Harcourt. Il opère un virage déterminant vers l’art au cours de sa dernière année d’études. Ce choix révèle une quête existentielle : donner un sens aux tensions qui façonnent la société nigériane, tout en cherchant à y répondre à travers la beauté brutale de l’art. Eguavoen ne se limite pas à représenter ses modèles, il les traduit. Leurs expressions, leurs regards, leurs attitudes deviennent le miroir d’une réalité sociale souvent oppressante, dans laquelle les individus conservent une dignité vibrante et une capacité innée à rêver. Loin de se cantonner à une seule thématique, son oeuvre traite notamment de l’extinction des valeurs traditionnelles africaines, de l’importation des valeurs morales et culturelles occidentales en Afrique, et de l’exil des valeurs culturelles propres à l’Afrique en tant que peuple.

Intemporalité

Abdoulaye Konaté

Abdoulaye Konaté, graphiste, fait ses études de peinture à l’Institut national des arts de Bamako, jusqu’en 1976, avant de poursuivre une formation à l’Institut des arts plastiques de La Havane (Cuba) en 1978. En 1998, il est nommé directeur du Palais de la Culture de Bamako. Bien que formé à la peinture, Konaté s’en détache afin d’explorer de nouveaux médiums. Le tissu devient alors le support central de son expression artistique. Ses oeuvres monumentales, composées de bandes de coton teintes et cousues, fusionnent les savoir-faire artisanaux maliens avec des préoccupations contemporaines. Le travail de Konaté se distingue par une double orientation. D’un côté, il aborde des sujets sociopolitiques et environnementaux, tels que conflits armés, luttes de pouvoir, religion, mondialisation, changements écologiques et épidémie du SIDA. De l’autre, il interroge la dimension esthétique de l’oeuvre, explorant la couleur, la forme et la texture pour créer des compositions visuellement saisissantes. Comme il l’affirme lui-même : « Je vois mon travail comme de la peinture. Le matériel change, mais je considère cela comme de la peinture. Pour moi le textile peut être un moyen d’expression artistique ». Ainsi, son utilisation du textile rend hommage aux techniques traditionnelles de tissage et de teinture du Mali, tout en inscrivant son travail dans une perspective universelle.

Affirmation

Duncan Wylie

Duncan Wylie intègre l’École Nationale Supérieure des Beaux-arts de Paris dans les années 1990. Il y développe une approche picturale singulière, marquée par la fragmentation des formes et une réflexion sur la destruction et la reconstruction. Il vit et travaille à Paris. Le travail de Wylie se caractérise par des compositions dynamiques et chaotiques, où les images semblent en perpétuel mouvement, témoignant d’un monde en transition. Ses oeuvres capturent souvent des instants d’effondrement et de reconstruction, s’inspirant à la fois de l’histoire contemporaine et de son propre exil du Zimbabwe. Il joue sur les perspectives éclatées, les superpositions, les éléments architecturaux et urbains, créant des toiles qui interrogent notre perception de la réalité. Il utilise la peinture à l’huile avec une technique très expressive, mêlant figuration et abstraction, où l’on perçoit une tension entre ordre et chaos.